Dimanche 8 mars 2009 7 08 /03 /Mars /2009 00:00

En septembre dernier était inaugurée à Lyon, une place au nom d'Abd el Kader, personnalité algérienne du 19ème siècle. La ville de Paris avait déjà eu cette initiative en 2006. C'est une manière privilégiée pour la France d'honorer la mémoire de ce grand homme : à la fois responsable politique, chef militaire, philosophe et théologien...

 Abd el Kader naquit en 1808, au nord ouest de l’Alégrie. Son père était le chef d’une éminente tariqa soufie et était très respecté par tous les habitants de la région.

Une éducation stricte et de nombreux voyages permirent à Abd el Kader de s’initier à la fois à la politique et aux techniques militaires.

Les français débutèrent leur conquête de l’Algérie. En 1830, ils prirent Alger et un important mouvement de résistance se construisit autour d’Abd el Kader et de sa famille. En 1832, il fut nommé Sultan de l’ouest algérien.


Après une lutte acharnée, Abd el Kader finit par se rendre aux français, en 1847. Néanmoins, il avait les grandement impressionné par sa bravoure, son humilité (il affirmait qu’il n’était pas guidé par une ambition personnelle mais il se soumettait simplement à la volonté de Dieu) et la façon dont il traitait les prisonniers. Il veillait à ce qu’ils ne manquent de rien et interdisait à ses hommes d’essayer de les convertir. Au contraire, il leur demandait de les respecter, ce qui implique également le respect de leurs croyances.  

Lors de sa rémission, les généraux français étaient prêts à lui offrir sa liberté mais l’opinion publique ne l’entendait pas ainsi. De plus, Abd el Kader avait émit le vœu de s’exiler de l’Algérie qu’il n’avait pas su protéger. Il fut alors conduit en France avec l’ensemble de sa famille, de ses proches et de son personnel (97 personnes). On mit à sa disposition le château de Pau, puis celui d’Amboise. 

Beaucoup de personnes vinrent lui rendre visite. Très vite, l'image du chef de guerre exotique cèda le pas à celle d'un hôte honoré et respecté qui se plaisait à échanger avec les chrétiens sur leur vision de la religion et sur la culture française. Les français le retiendront pourtant en résidence forcée durant cinq années.

C’est finalement Napoléon III qui, en 1852, lui annoncera qu’il est désormais libre. Il quittera alors la France pour Bursa (en Turquie) puis s’installera définitivement à Damas.

En Syrie, il joue un rôle politique, social et religieux important. Il enseigne la théologie à la grande Mosquée des Omeyades, est élu au Conseil municipal de Damas… Mais il continue de mener une vie ascétique.

En 1860, les druzes du Liban massacrent des chrétiens. Abd el Kader avertit alors les français et les ottomans contre les risques de propagation.

En effet, à Damas, la tension monte entre musulmans et chrétiens. Abd el Kader propose de punir les musulmans qui s’en prennent aux chrétiens car cette violence va à l’encontre des préceptes islamiques. Mais la violence s’en trouve accrue. Il prend alors le partie de protéger les chrétiens de la ville en les accueillant chez lui ou dans la citadelle qu’il fait garder. En dépit des 8.000 morts chrétiens, on estime qu’Abd el Kader sauva la vie à 11.000 d’entre eux.

Il recevra la légion d’honneur de la part de la France et les félicitions du Pape.

Pour Abd el Kader, tous les hommes quelle que soit leur religion appartiennent à la famille de Dieu et il faut les protéger. Il reconnaissait que « Nul en L’adore sous tous ses aspects et nul ne L’ignore sous tous ses aspects ». Il a œuvré pour qu’Orient et Occident se comprennent mieux et se respectent. Il a laissé un ouvrage d'une profondeur rare sur son propre cheminement intérieur : le livre des Haltes.

Il consacra le reste de sa vie à des œuvres de bienfaisances, à l'étude des textes scientifiques et sacrés et à la méditation, jusqu'à sa mort. Il respecta toujours la parole qu'il avait donné de ne pas revenir en Algérie.

Les algériens continuent pourtant de le respecter et le considèrent même comme le père de la Nation, le héros qui ne s'est rendu que pour préserver le peuple d'un combat inégal et perdu d'avance.

 

Léon Roche, son secrétaire particulier dressa de lui ce portrait :

« Je crus rêver quand je vis fixés sur moi ses beaux yeux bleus, bordés de longs cils noirs, brillant de cette humidité qui donne en même temps au regard tant d'éclat et de douceur […].

Un mélange d’énergie guerrière et d’ascétisme répand sur sa physionomie un charme indéfinissable... Sa physionomie est on ne peut plus mobile, et malgré l’empire qu’il exerce sur lui-même, elle reflète les sensations qui agitent son esprit ou son coeur. Quand il prie, c’est un ascète. Quand il commande, c’est un souverain, quand il parle guerre, ses traits s’illuminent ; c’est un soldat. »

 

Publié dans : Une vie hors du commun
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